Encycliques

De Summa Catholica
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Nom et définition

Les encycliques (litteræ encyclicæ) désignent, étymologiquement, des lettres circulaires, puisque leur nom vient de ἐγκύκλιος adjectif grec dérivant lui-même du substantif κύκλος cercle. Autrefois, on désignait sous ce nom les lettres que les évêques ou les archevêques adressaient à leur troupeau ou à d’autres évêques. On appelle aujourd’hui lettres pastorales les circulaires que les évêques envoient, spécialement pour le carême, à leurs diocésains. Mais l’usage a restreint le terme d’encycliques exclusivement à une catégorie spéciale de lettres apostoliques adressées par le pape à la chrétienté entière. Elles diffèrent, au point de vue de leur forme technique, des constitutions dogmatiques et des décrets pontificaux, expédiés connue bulles ou connue brefs. Elles rentrent dans la catégorie des simples lettres apostoliques, et elles ne s’en distinguent qu’en ce qu’au lieu d’être destinées à des particuliers ou aux évêques et archevêques d’une contrée, d’un pays, elles sont adressées « aux patriarches, primats, archevêques, évêques et autres ordinaires en paix et en communion avec le siège apostolique ». Cependant quelques encycliques ont été envoyées aux évêques et aux fidèles d’une seule contrée, par exemple, l’Italie. Elles sont écrites en latin et parfois elles sont accompagnées d’une version italienne. On les désigne connue les bulles et les autres lettres apostolique par leurs premiers mots. Elles ne promulguent pas de définitions nouvelles, mais traitent de sujets qui intéressent l’Église entière. Le pape y condamne parfois des erreurs et y signale des dangers que courent la foi et les mœurs ; il y exhorte les catholiques à la fidélité et à la constance dans la vérité et la saine doctrine, dont il rappelle les principaux points, et il y indique des remèdes aux maux qui existent déjà ou qui sont à redouter.

Histoire

Bien que les papes aient depuis longtemps l’habitude d’écrire des lettres apostoliques à la chrétienté entière, ces lettres ne portaient pas le nom d'encycliques. La première qui ait ce titre date du début du pontificat de Benoît XIV : le 3 décembre 1710, ce pontife publiait une Epislola encyclica et commonitoria ad omnes episcopos sur les devoirs de leur charge[1]. Le premier extrait d’une encyclique, qu’on trouve dans l'Enchiridion de Denzinger-Bannwart[2], est encore d’une lettre de Benoît XIV, l'encyclique Vix Pervenit, du 1er novembre 1715, aux évêques d’Italie. On lit aussi dans le même recueil[3], des déclarations de Léon XII sur la Société biblique et des conseils aux fidèles pour l’observation des règles de l’Index relatives à la lecture de la Bible en langue vulgaire[4]. Les encycliques pontificales, d’abord assez rares, se sont multipliées de plus en plus sous les quatre derniers pontificats. Rappelons les encycliques Mirari vos, Singulari nos, écrites par Grégoire XVI, le 15 août 1832 et le 25 juin 1831, au sujet des erreurs de Lamennais[5] l'encyclique du même pontife Inter præcipuas, du 6 mai 1844, sur les versions de l'Écriture éditées par les Sociétés bibliques protestantes[6]. Le 9 novembre 1810, Pie IX écrivait l'encyclique Qui pluribus contre les erreurs d'Hermès[7]. Plus célèbre encore est l’encyclique Quanta cura du même pape, publiée le 8 décembre 1864, pour la répression des principales erreurs modernes[8]. Léon XIII a écrit une série d’encycliques, qui ont eu un grand retentissement, par exemple : Inscrutabili, du 21 avril 1878, sur les maux des sociétés modernes ; Quod apostolici numeris, du 28 décembre 1878, sur le socialisme ; Æterni Patris, du 4 août 1879, sur saint Thomas d’Aquin et la philosophie scolastique ; Arcanum Divanæ Sapientiæ, du 10 février 1880, sur le mariage chrétien et la famille ; Diuturnum illud, du 29 juin 1881, sur l’origine du pouvoir ; Immortale Dei, du 1er novembre 1885, sur la constitution chrétienne des États ; Libertas Præstantissimum, du 20 juin 1888, sur la liberté ; Rerum Novarum, du 16 mai 1891, sur la question ouvrière ; Providentissimus Deus, du 18 novembre 1893, sur les études bibliques ; Satis cognitum, du 9 juin 1896, sur l’unité de l’Église ; Mirae Caritatis, du 28 mai 1902, sur la sainte eucharistie. Pie X a déjà publié plusieurs encycliques : Jucunda sane, le 12 mars 1901, pour le 13e centenaire de saint Grégoire le Grand ; Vehementer nos, le 11 février 1906, au clergé et au peuple français, sur la séparation de l’Église et de l’État ; Acerbo nimis, le 15 avril 1906, pour recommander la pratique du catéchisme ; Pascendi Dominici Gregis, le 7 septembre 1907, sur les fausses doctrines des modernistes ; Communium rerum, le 21 avril 1909, sur saint Anselme ; Editæ Sæpe Dei, le 26 mai 1910, sur saint Charles Borromée.

La secrétairerie des lettres latines et la secrétairerie des brefs aux princes ont la charge latine scribendi acta summi pontificis[9]. Mais le souverain pontife peut se priver du service de ces deux offices, et Léon XIII collaborait à la rédaction de ses encycliques.

Les anglicans, à l’imitation des usages romains, ont récemment repris l’ancien nom de lettres encycliques épiscopales pour désigner des lettres circulaires du primat d’Angleterre. La réponse des archevêques de Cantorbéry et d’York à la lettre Apostolicæ curæ de Léon XIII[10], sur l’invalidité des ordinations anglicanes, est dans le style des encycliques pontificales, et elle est dénommée par ses premiers mots : Sæpius officio.

Autorité

Les encycliques des papes ne constituent pas jusqu’à présent des définitions ex cathedra d’autorité infaillible. Le souverain pontife pourrait cependant, s’il le voulait, porter des définitions solennelles dans des encycliques. L’usage du magistère infaillible dans les encycliques se détermine, pour les cas particuliers, d’après les circonstances et le langage. Si elles ne sont pas des jugements solennels, puisqu’elles n’en ont ni la forme ni les conditions extérieures, elles sont, au moins, des actes du magistère ordinaire du souverain pontife, et elles se rapprochent des jugements solennels, lorsqu’elles portent sur des matières qui pourraient être l’objet de définitions. Sans donner un jugement définitif et absolu ni de définition ex cathedra, le souverain pontife, en publiant une encyclique, veut souvent pourvoir à la sécurité de la doctrine par une direction obligatoire. C’est le cas quand il condamne des erreurs et quand il expose l’enseignement de l’Église. Le pape use alors de son pouvoir de docteur et de pasteur de l’Église universelle, non sans doute au degré suprême de son magistère, mais à un degré inférieur, de droit ordinaire. Il propose à toute l’Église une direction et un enseignement qui, sans être définitifs, s’imposent obligatoirement à tous les catholiques. Le privilège de l’infaillibilité peut se rencontrer dans ces actes du magistère ordinaire du souverain pontife. Lorsqu’il ne s’y rencontre pas, comme il arrive le plus souvent, les catholiques doivent donner à l’enseignement pontifical, non pas un assentiment de foi, puisque la vérité doctrinale n’est pas définie, mais un assentiment religieux, qui est fondé sur l’autorité du gouvernement universel de l’Église et qui relève, d’une certaine manière, de la vertu de foi. Il ne suffit pas du silence respectueux qui consisterait à ne pas rejeter ni critiquer l’enseignement donné ; il faut lui accorder, qu’il soit négatif ou positif, respect, obéissance, et assentiment intérieur de l’esprit, motivé sur l’autorité de l’Église. Bien qu’il ne soit pas métaphysiquement certain, puisque l’enseignement qui y est donné n’est pas infaillible, cet assentiment est cependant moralement certain, fondé qu’il est sur l’enseignement de l’autorité compétente en des matières de son ressort, avec les chances les plus grandes de toute absence d’erreur.

Références

Article écrit par l'abbé Eugène Mangenot.

  1. Benedicti XIV bullarium, Prato, 1845; t. I, p. 3
  2. II, 1475-1479
  3. II, 1607, 1608
  4. Encyclique Ubi primum du 5 mai 1824
  5. Denzinger-Bannwarl, Enchiridion , II. 1013-1017
  6. Enchiridion, II, 1630-1633
  7. II, 1634-1639
  8. II, 1688-1699
  9. Const. Sapienti consilio, du 29 juin 1908, III, 5, Acta nposlolicæ Sedis, 1909, t. I, p. 17
  10. 13 septembre 1896

Références complémentaires

  • Kirchliches Handtexikon, Munich, 1907, t. I, p. 1310
  • The calholic encyclopedia, art. Encyclical, New York, s. d. (1909), t. V, p. 413-414 ;
  • les recueils des lettres apostoliques de Pie VII, de Grégoire XIII, de Pie X et de Léon XIII, mentionnés t. II, col. 1249 ;
  • Acta Pii X, Rome, 1909 ;
  • Acta aposloliæ Sedis, Rome, 1909, t. I, p. 333-388 ; 1910, t. II, p. 357-403 ;
  • d’Arras, Léon XIII d’après ses encycliques, Paris, 1902 ;
  • Pégues, dans la Revue thomiste, novembre-décembre 1904, p. 530-531 ;
  • L. Choupin, Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège, Paris, 1907, p. 24-29.